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27/04/2006

Microsoft répond à l'attaque de Google

 
Résumé du chapitre précédent: Google élimine Microsoft, mat en trois coups.

Version courte :

 

- Un, Ajax, une méthode de programmation.
- Deux, le butineur Firefox.
- Trois et mat, les développeurs de logiciels se rallient en masse au nouvel ordre.

 
La défense de Microsoft :

 
- Le bon vieux bras de levier de la position dominante, légal ou non. Impossible ou, pire, ridicule ; le cheval de Troie Firefox est invulnérable.

- Imiter, améliorer et éliminer, comme au bon vieux temps.  A ce jour, Microsoft perd du terrain.

- Plus compliqué : une combine-aison astucieuse, un dialogue privé entre les serveurs de Microsoft (et de ses séides) et le butineur maison.  Firefox est alors désarmé.  Théoriquement possible mais fragile et dangereux.

- Enfin, profiter de la plus sérieuse faille de la stratégie Google : pas d’applications Ajax sans connexion au réseau.

 
Chances de réussite de la contre-attaque ?  Faibles car l’adversaire est armé, motivé, entouré, informé.

À surveiller : les efforts de Google pour nous connecter.

 

Version longue :

 

Ajax est une nouvelle norme de programmation pour la conversation entre un serveur Web et le butineur de ma machine.  Avec Ajax, il devient difficile de voir la différence entre une application à la future ancienne, je veux dire celle qui tournent depuis mon disque dur, et celles qui sont tournent sur la combinaison serveur-butineur.

Firefox, le butineur ‘libre’, est disponible sur (on ne dit plus sous...) Windows mais aussi deux autres OS, deux autres systèmes d’exploitation : Mac et Linux.  Firefox est non seulement disponible, il est meilleur qu’Internet Explorer et au même prix, gratuit.

Enfin, pour les auteurs de logiciel, Google, dans sa grande sagesse, publie et promeut ses normes de programmation.  Psychologiquement, c’est rassurant, les indépendants peuvent se ranger sous l’étendard (en anglais standard) du puissant Google.  Techniquement, il y a plus qu’une norme pour applications “servies” et agiles.  Il y a dès maintenant des applications qui fusionnent les services de plusieurs sources.  Paul Rademacher, un allumé de l’université de Berkeley, combine les services de Google Maps et ceux de CraigsList pour une application composite de recherche de logements.

Le nouveau monde des logiciels, des services est en fait deux fois nouveau.  Une première fois en se débarrassant de Microsoft.  Et une deuxième par la faculté nouvelle de se combiner entre eux.

(Je note de revenir dans une autre chronique sur le phénomène des applications composites, connecté à mais distinct d’Ajax.)

 

Mais il y a mieux : nul besoin pour cette combinaison de déplacer brutalement Microsoft, Windows et Explorer.  Le cheval de Troie est Firefox, installé gentiment à côté plutôt qu’à la place d’Explorer.  Les applications ‘nouvelles’ se glissent en douceur dans la situation, coexistent paisiblement avec l’ordre établi – jusqu’au moment où ce dernier perd sa position dominante, devient accessoire ou est évincé.  Autrement dit, Microsoft est évacué sans violence, sans discontinuité menaçante – pour l’utilisateur.

Après ce long rappel, passons à la réplique de Microsoft.

L’entreprise, à commencer par sa tête, Bill Gates, n’a pas la réputation de s’endormir sur ses conquêtes.  Bien au contraire, constamment sur le qui-vive, l’entreprise vit sur le mode “pas une fêlure dans le rempart”.  On ne sait jamais, l’eau si met, le mortier s’effrite et, bientôt, les moellons se descellent…  Microsoft a bien compris la menace du mat en trois coups et s’active à une défense qu’il s’agit maintenant d’imaginer.

Copier ?  On connaît la réputation, les accusations, Microsoft copie sans vergogne, s’approprie les idées d’autrui.  C’est un peu facile, assez exact et beaucoup à côté de la question.

Tout d’abord, il n’y a rien d’illicite ou même immoral à copier les idées.  En une grosse simplification à faire frémir les experts, ce que la loi protège sont les tours de mains, les procédés, les secrets techniques et commerciaux.  L’idée du cadran rond d’une montre n’est pas brevetable, mais il n’est pas licite de copier le cadran bien particulier d’une Rolex, ou l’échappement coaxial d’un calibre (c’est le mot chic pour le mouvement, le moteur d’une montre) Oméga.

Mutatis les indices, Microsoft n’est pas l’inventeur du tableur VisiCalc de Software Arts, ni de Lotus 123.  Mais après avoir crée Multiplan, l’entreprise persiste et nous avons Excel.  Ce n’est pas la faute de Microsoft si les tenants du titre s’endorment, refusent de s’adapter.  Même chose pour le butineur, pour les fondations d’Internet Explorer, le bien nommé, Microsoft n’invente pas, prend une licence de Spyglass, lui-même basé sur Mosaic de l’université de l’Illinois.  Mosaic sera aussi la base du butineur de Netscape.

Couronnés ou non de succès, voir les multiples tentatives dans les bases de données, ou demandant une longue patience, pensons à Outlook/Exchange, les efforts de ce type n’appellent aucun reproche.

Ce n’est plus le cas lorsque Microsoft ne se contente pas de s’inspirer et d’améliorer mais abuse de sa position dominante et la maintient ou la développe de façon déloyale.  Les exemples sont connus : il fut une époque où l’heureux licencié de Windows devait payer la dîme pour tout PC vendu, avec ou sans Windows.  Ou encore, le jeu des ‘ventes liées’, des combinaisons Windows + Office, empêchant en pratique les concurrents des produits bureautiques d’être chargés sur les PC vendus par les Dell et les Compaq de ce monde.  Citons l’impossibilité pour un manufacturier de charger un deuxième système d’exploitation en plus de Windows, disons Linux.  Ce dernier produit est à la fois gratuit et de bonne qualité.  Microsoft a enrayé sa prolifération dans les PC au moyen de clauses à la fois confidentielles et emboîtées dans les contrats de licence Windows pour manufacturiers.  Aujourd’hui encore, aucun manufacturier ne se risque à livrer un PC Windows + Linux.  Enfin, il y a le cas du butineur de Netscape, Navigator.  Son existence a tourné court lorsque Microsoft a “coupé l’oxygène” (termes extraits d’une déposition de Microsoft au procès anti-trust), lorsque Internet Explorer est devenu une partie inextricable et gratuite de Windows.

Microsoft peut-elle user de ce genre de procédé pour lutter contre Google ?

Grâce à Firefox que la réponse est probablement non.  Intéressante ironie : Firefox aurait dû s’appeler Phénix car né des cendres de Netscape.  La fondation Mozilla, née en 2003, récupère le butineur de Netscape, un logiciel Open Source apparaît, Gecko, qui finit par donner naissance à Firefox.  Cette fois-ci, impossible à Microsoft de mettre le pied sur le tuyau du scaphandre.  Firefox est gratuit, soutenu par de généreux donateurs, animés à la fois par un esprit de revanche, c’est votre serviteur qui le dit, et par celui du mouvement Open Source. (Le mouvement, la jacquerie voit dans le flux de commentaires bougons, ou pire, de Steve Ballmer, le DG de Microsoft, la preuve de son poids, de sa qualité.)

Et maintenant? Microsoft fait face à un butineur de qualité, qu’il ne maîtrise plus, un cheval de Troie bien gentil pour les applications de Google et de ses fédérés de droit ou de fait.  Que faire ?

Copier et faire mieux ?  C’est ce que Microsoft tente avec Microsoft Live, une collection pour l’instant bien pâle de modules applicatifs.  L’idée est d’adopter et de faire mieux qu’Ajax, mieux que ‘la bande à Google’.  Sous cette idée, une autre, espérer encore une fois dicter, confisquer une norme.  Je change le fonctionnement d’Internet Explorer, les sites Web n’ont guère le choix de s’adapter et, c’est curieux, les changements de sites font que les butineurs concurrents ne fonctionnent plus très bien.  La manœuvre n’est plus possible, trop visible, et le poids des sites dépasse maintenant celui de Microsoft.

Autrefois, la crainte, aujourd’hui, le ridicule Imaginez un instant le résultat d’une espièglerie de Microsoft, un petit changement d’Internet Explorer qui empêche de rendre correctement les pages de Google Mail ou de Google Maps.  

Toujours sur le sujet de l’émulation, ou de l’autre sens du mot réplique, Microsoft peine à rattraper son retard dans le domaine de la recherche.  Aux dernières nouvelles, Microsoft glisse de 16% à un peu plus de 13% du marché des moteurs de recherche en un an, pendant que Google progresse de 36% à 42,7% pendant la même période.  La maison fait valser les cadres, engage un dirigeant d’AskJeeves, on imagine mal Bill Gates heureux de la situation.


Microsoft se trouve placé devant une combinaison inhabituelle :
 
L’impossibilité apparente à renouer avec la recette éprouvée, à créer une réplique améliorée du produit concurrent.

Un cheval de Troie impossible à éliminer et, dans les entrailles du cheval, une armée riche, déterminée, populaire et soutenue par une autre légion, le mouvement Open Source, avec d’autres armées prêtes à voler au secours de la victoire.

Ne nous pressons pas de conclure à la défaite assurée.

Tout d’abord, le mat en trois coups, l’établissement d’un ordre nouveau d’applications serveur-butineur demande du temps.  Un temps que Microsoft se fera fort d’utiliser au mieux.  Qui sait ?  L’entreprise peut trouver la pierre philosophale des moteurs de recherche, la compréhension du langage naturel, par exemple.  Ou créer une combinaison de meilleures applications dépendant astucieusement d’extensions du butineur maison.

Si les utilisateurs approuvent, Microsoft renverse la situation, sa combinaison serveur-butineur devient le nouveau standard, les extensions ‘propriétaires’ du butineur empêchent la concurrence de l’imiter et la popularité du standard pousse les sites Web à l’adopter.  L’ordre est rétabli.  C’est une possibilité évoquée plus haut, elle risque le tollé, elle peut être fragile, démontable.

Il y a plus sérieux, une faille de la théorie des applications de la nouvelle génération : elles demandent une connexion avec le serveur.  Pas de connexion, pas d’application.  Alors, comme avec Outlook, il faudrait une version locale de l’application, une version locale des données et la synchronisation avec les données du serveur.  Je ne sais pas s’il est vraiment imaginable pour Google de passer de la relative simplicité des applications et des données résidant dans ses serveurs, à une combinaison à la Outlook.  C’est mener le combat sur un terrain dominé par Microsoft, c’est l’échec probable.  Microsoft va sans aucun doute s’efforcer de garder tout ou partie du conflit sur ce terrain.

On voit aussi comment Google va s’efforcer, va se démener, investir, déployer les ressources pour amener le combat dans un monde connecté en permanence.

D’où je conclus: l’affaire à suivre est ce que Google va faire pour nous connecter.

A suivre aussi la rumeur d’un téléphone Google Open Source…

14:20 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (6)

Commentaires

Ajax et la "crasse" trépasse... ;-)
Plus sérieusement cette analyse est passionnante. Voici un beau sujet pour comédie dramatique et/ou drame passionnel ! ;-)

Écrit par : Mister Cham | 28/04/2006

Toujours passionnant à lire JLG :o)
Concernant Internet Explorer, quel intérêt aujourd'hui pour Microsoft de se battre afin de garder le leadership des browsers ? Aucun. Au contraire, IE coûte cher, très cher, d'ailleurs on a vu le produit s'essouffler, ne plus vraiment évoluer depuis longtemps.
Je pense qu'IE n'a plus grand intérêt pour Microsoft sinon d'offrir un browser par défaut sur les machines équipées de Windows, c'est tout, service minimum.
Microsoft regarde vers les applications en ligne, se concentre sur le contenu, mais n'a plus besoin d'IE. IE peut disparaître demain, le nouveau modèle économique de Microsoft n'en a pas besoin. Et si en plus la communauté peut décharger Microsoft de maintenir cette usine à gaz qui lui a coûté si cher, directement et indirectement (image, procédures antitrust, etc.), c'est tout bonus. Et Microsoft s'en est rendu compte à peu près au même moment qu'ils ont décidé de stopper les développements d'IE pour Macintosh...
Firefox est une très bonne nouvelle pour Redmond :o)

Écrit par : Louis van Proosdij | 29/04/2006

Comment va se ternimer ce combat de titans entre le numéro 1 des années 90, Microsoft, et le numéro 1 des années 2000, Google ?
Ton analyse est très pertinente et l'issue du combat est incertain.

J'ai, moi aussi, assisté, brièvement, à Mix 2006 (Voir commentaire plus long sur mon blog - http://nauges.typepad.com)

Ballmer n'a rien dit d'important ; on le sentait fatigué, répétant un peu comme un automate le discours qu'il doit diffuser très, trop souvent.
Je pense que les équipes "Live" de Microsoft, Windows Live et Office Live, sont parfaitement capables de proposer des services Web de qualité, et rapidement.
Le dilemne est, à mon avis le suivant :
1- Elles réussissent, et les plateformes actuelles, vaches à lait de Microsoft, Office et Windows, deviennent rapidement des outils sans valeur d'usage, dans un monde Web 2.0
2- Elles échouent, et Google, Yahoo, eBay et les autres augmentent leur domination "multi-oligopolistiques", ne laissant plus que des strapontins pour Microsoft.

Il semble que, de plus en plus, la communauté finanicère a compris ce qui se passe ; la baisse de 11 % du cours de Microsoft, Vendredi dernier, est un premier avertissement. D'autres baisses ne sont pas à exclure, rapidement.

Dur, Dur, d'être aujourd'hui le PDG de Microsoft !

Louis Naugès
Président
Microcost

Écrit par : Louis Naugès | 01/05/2006

On n'est pas toujours connecté
La PDM de MS ne peut être vraiment mise en danger que si Google vient sur le OFFLINE
Je prône l'avènement de webapps hybrides : locales et distantes = un serveur http local permet d'excuter une appli Offline si besoin ...

Écrit par : Laurent | 06/05/2006

Télécharger windows vista,100 000 cracks de logiciels,des milliers d'extraits gratuits fde vidéo pour adulte,aller sur http://cracking.mynew.ws/index.html

Écrit par : microsoft | 10/05/2006

Télécharger windows vista,100 000 cracks de logiciels,des milliers d'extraits gratuits fde vidéo pour adulte,aller sur http://cracking.mynew.ws/index.html

Écrit par : microsoft | 10/05/2006

Les commentaires sont fermés.

 
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